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UNE PSY ... CAUSE

UNE PSY ... CAUSE

Un regard intime (et féminin!) sur la société, la famille, la personne ... et les psychothérapies!


Accompagner les familles adoptantes : dix erreurs à éviter. Erreur numéro quatre : Inventer une histoire à la place de l’enfant ou de la famille.

Publié par Marie-José Sibille sur 11 Janvier 2016, 18:52pm

Catégories : #La psychothérapie - de quoi ça parle

Accompagner les familles adoptantes : dix erreurs à éviter.

Erreur numéro quatre : Inventer une histoire à la place de l’enfant ou de la famille.

Il est tentant de dire à l’enfant que nous accueillons en thérapie : « ta mère devait t’aimer beaucoup pour te confier à l’adoption », « tes parents, ils ont fait tout ce qu’ils ont pu pour que tu t’en sortes ». Ou à l’inverse : « tu as dû souffrir beaucoup là-bas ». Et « C’est parce que …, que tu as été abandonné(e)/adopté(e) », avec la confusion de langage récurrente entre abandon et adoption, ainsi que, la plupart du temps, l’ignorance et surtout le réductionnisme au sujet des causes possibles d’un abandon. Ou encore : « Mais maintenant tu es sorti d’affaire, tu es tombé sur une bonne famille … ».

Par exemple.

Le réel est impossible à réduire à une équation du premier degré : réalité concrète, comportements visibles, sensations apprises, émotions mises dans la relation, pensée et opinion, langage thérapeutique ou traumatique, empathie et jugement, notre cerveau doit faire avec tous ces éléments pour entrer en contact avec le monde, et, dans le lieu thérapeutique en particulier, avec le monde de l’autre.

La tentation est grande alors de simplifier ce réel, de combler les trous plutôt que d’apprendre à la famille à recoudre et de l’aider à repriser les déchirures de son histoire, avec ce qu’elle sent, avec ce qui est disponible dans sa réalité d’aujourd’hui.

Cette posture consistant à parler pour l’autre jusqu’à lui inventer une histoire, lui « inventer une vie » comme disent les ados, est une manière comme une autre de rester dans une position de pouvoir, dans cette position haute associée encore trop souvent en France à la relation thérapeutique. Elle s’accompagne souvent de conseils et de réponses lapidaires à des questions complexes. Cette attitude « chirurgicale » et interventionniste, qui peut sembler indispensable dans certaines situations, même les médecins urgentistes essaient de la remettre en question, certes, surtout dans les séries américaines !

Cette posture est particulièrement inadaptée en psychothérapie et en relation d’aide. Elle est à oublier, même si parfois, prises dans une habitude relationnelle face à la personne supposée savoir, les personnes ou les familles demandent elles-mêmes des conseils et des réponses simples à leur souffrance, ainsi qu’à être rassurées sur leur histoire ou celle de leur enfant.

Prenons ces demandes conventionnelles et convenues comme une manière de dire « bonjour » dans un lieu où elles n’ont pas encore leurs marques, le lieu thérapeutique.

Répondons par un autre « bonjour », un bonjour qui va ancrer la relation thérapeutique dans la sécurité affective, qui va proposer à la famille de s’appuyer sur le lieu thérapeutique pour développer ses propres ressources, et ce sans avoir besoin d’inventer des histoires, de supposer des faits, de donner des conseils qui sont autant d’aveux d’impuissance, d’apporter des réponses à des questions qui n’ont pas été posées.

Dans la pratique thérapeutique, une méthode appelée « l’Approche narrative »[1] permet de déconstruire les récits qui nous enferment dans des traumatismes passés, dans des comportements basés sur l’insécurité relationnelle apprise dans notre enfance, et trop souvent confirmée par la suite, pour développer des histoires résilientes, des histoires qui nous permettent de reprendre croissance et développement, un peu comme dans « le livre dont vous êtes le héros », ces petits livres amusants qui foisonnaient dans les années 80[2]. Mais dans l’approche narrative, il ne s’agit pas de s’appuyer sur un imaginaire séparé du réel. Au contraire, le thérapeute va partir de la perception qu’à la famille, la personne, et même l’enfant, de son histoire. Le travail consistera à prendre certains éléments de cette histoire pour démarrer un autre scénario, autre scénario rendu possible par un autre regard, une autre interprétation, par exemple d’une situation qui provoque de la honte, ou d’une relation nourrie par la peur. Ainsi la personne va déconstruire les scénarios souffrants, les scénarios qui bloquent son devenir.

Ces histoires, ce ne sont pas seulement les histoires que la personne s’est inventée, ce sont aussi celles que les autres lui ont racontées, les premiers autres étant ses parents. 

En thérapie familiale, ou en thérapie EMDR[3] avec de jeunes voire de très jeunes enfants, c’est le parent qui va être ainsi le porteur du récit, c’est lui qui va aider à construire l’histoire narrative de son enfant. Cela fait partie de son rôle. Le thérapeute sera là pour aider le parent à accoucher de l’histoire, pour l’aider à aller vers un scénario positif, résilient, un récit nourrissant un attachement sécure, tout en restant en contact avec les faits tels qu’ils sont connus ou transmis. Un récit sans trous trop important, avec des reprises et des raccommodages qui ont du sens, un récit qui au fur et à mesure du travail thérapeutique va devenir cohérent, congruent, et présenter une certaine continuité. 

Dans les parties inconnues ou difficiles, le parent pourra dire alors à l’enfant, en thérapie mais aussi à la maison, après avoir travaillé le récit avec le thérapeute : « Je n’étais pas là dans ta vie à ce moment-là, mais si j’avais été là … », « on ne sait pas ce qui s’est passé pour toi à ce moment-là mais quand on voit comme tu es … (nommer une qualité), ça veut dire que tu as pu prendre du bon ». Le cerveau va ainsi construire les liens manquants, faire des ponts, et l’habitude d’un langage positif va se prendre dans la relation familiale, un langage qui nomme les qualités, les compétences mais aussi les habiletés face à la vie, essentielles chez un enfant qui a éventuellement vécu des situations difficiles en dehors de son abandon.

Ce récit positif et résilient va permettre à l’enfant d’habiter sa vie, de développer le sentiment qu’il peut avoir un contrôle sur les évènements et les relations, qu’il peut devenir acteur de son histoire.

Quant au thérapeute, s’il veut tant que ça raconter des histoires, il n’a qu’à devenir écrivain ou griot, ce sont de très beaux métiers aussi …

 

 

 

[1] http://www.lafabriquenarrative.org/blog/approche-narrative

 

[2] Et dont j’apprends avec plaisir la reprise par Gallimard, je crois que je vais craquer pour un …

[3] http://www.amazon.fr/dp/2100715615/ref=pe_386181_40444391_TE_item_image: Livre de Michel Sylvestre pour les praticiens EMDR qui reçoivent des familles et des enfants. Je ne l'ai pas encore lu, ça va venir, mais je connais l'empathie et l'efficacité de ce thérapeute envers les familles.

De bons souvenirs ...

De bons souvenirs ...

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Dorothée Huille 16/01/2016 22:52

Quelle bonne nouvelle, la parution de ton livre ! Super ! Bravo ! J'ai hâte de le lire !

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