Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

UNE PSY ... CAUSE

UNE PSY ... CAUSE

Un regard intime (et féminin!) sur la société, la famille, la personne ... et les psychothérapies!


Accompagner les familles adoptives : dix erreurs à éviter. Erreur numéro trois : Arrêter de penser en entendant le mot " adoption "

Publié par Marie-José Sibille sur 10 Janvier 2016, 10:13am

Catégories : #La psychothérapie - de quoi ça parle

Accompagner les familles adoptives : dix erreurs à éviter.

Erreur numéro trois : Arrêter de penser en entendant le mot " adoption "

 

Pour beaucoup de personnes, dont nombre de professionnels de la thérapie, et ce quels que soient leurs diplômes ou leur style de formation, le mot « adoption » fait arrêt sur image, obstacle à la pensée. Quelle que soit la problématique traversée, dans l’enfance, à l’école, à l’adolescence, et même chez le jeune adulte dans sa construction sociale et affective, il suffit d’apprendre que la personne a été adoptée, et donc préalablement abandonnée, pour stopper le processus de réflexion et de recherche clinique.

L’élément historique devient symptôme unifiant et stigmatisant aux yeux de nombreux professionnels. C’est humain. Nous sommes là pour accueillir les symptômes et nous associons ces symptômes à la partie de l’histoire que nous connaissons. Or nous savons souvent très peu, tant sur le contexte de l’abandon que sur celui de la vie de l’enfant avant l’adoption. Et sur l’adoption elle-même en tant qu’événement fondateur de cette famille-là, nous devons faire également avec peu, l’histoire que la famille veut bien nous raconter, l’histoire qu’elle accepte de se raconter à elle-même dans ce cadre thérapeutique.

Comme pour toutes les familles.

L’effet de réel va venir de la souffrance exprimée, c’est notre seule voie d’accès : souffrance de l’enfant, souffrance de la famille. J’entends par souffrance, la douleur visible, montrée, mais aussi le travail, l’effort que fait une famille pour résoudre une problématique, le mot souffrance renvoyant à « ce qui est supporté » par la personne, ce qu’elle amène avec elle dans le lieu thérapeutique. Et ce quelle que soit la problématique, un trouble de l’apprentissage ou une insécurité d’attachement, les manifestations d’un stress adaptatif ou d’un stress post-traumatique, mais aussi des situations plus banales comme des conflits dans la fratrie, dans le couple ou dans la relation parent-enfant.

La souffrance va nous montrer le chemin à suivre.

Que faire de nos émotions alors, si nous ne pouvons pas les utiliser pour nous révolter contre l’abandon ou au contraire le banaliser, pour nous émerveiller de l’adoption ou au contraire la dévaloriser, pour dramatiser la situation en amplifiant le symptôme ou au contraire fuir par crainte des abréactions émotionnelles, en laissant la famille seule avec sa douleur ? Ne laissons pas nos émotions dehors sous prétexte d’une quelconque « neutralité bienveillante » impossible. Nos émotions sont là pour nourrir le lien thérapeutique. Elles servent de caisse de résonnance pour nous aider à comprendre, mais aussi, dans une psychothérapie centrée sur l’attachement, elles nourrissent l’empathie, la chaleur du lien, la capacité à prendre soin de la personne dans le cadre de la séance ou du contexte d’accompagnement. Elles sont indispensables, et l’idée de ne pas les utiliser doit vraiment faire partie des pensées thérapeutiques à enterrer avec le dernier millénaire.

Et que faire de nos pensées non élaborées alors, de nos jugements, de nos opinions, de nos présupposés sur l’abandon ou l’adoption ? Les laisser au porte-manteau. C’est ici que l’on peut envisager d’utiliser encore le terme de « neutralité bienveillante » à condition de le redéfinir comme n’excluant pas les émotions, voire même le contact physique. Cette neutralité consistera alors à ne pas préjuger d’une situation, exercice difficile quand la situation est socialement bien cataloguée comme les sont les faits d’abandon et d’adoption.

La pensée véritable, c’est la capacité de mise à distance de cette pensée convenue.

Même quand nous la trouvons chez des personnes supposées savoir. Même quand elle se manifeste à l’intérieur de nous.

En tant que brouillon de compréhension, ébauche de réflexion, ou encore arrêt de l’intelligence, cette pensée convenue, cette pensée apprise par contamination sociale, cette pensée-là n’a rien à faire dans le lien thérapeutique.

Commenter cet article

Archives

Nous sommes sociaux !

Articles récents