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UNE PSY ... CAUSE

UNE PSY ... CAUSE

Un regard intime (et féminin!) sur la société, la famille, la personne ... et les psychothérapies!


Juste un mauvais moment à passer ... Introduction

Publié par Marie-José Sibille sur 11 Janvier 2017, 18:44pm

Mon nouveau livre " Juste un mauvais moment à passer " va être très bientôt, dès ce mois-ci, disponible à la vente (12,60 euros).

En attendant ce jour, je vous propose de lire l'introduction et de découvrir la couverture.

Ce livre a un format original : il s'agit d'un recueil de nouvelles pour aborder les traumas de l'enfance et de l'adolescence. Comme ces nouvelles sont volontairement noires, car la littérature noire est celle qui rend le mieux compte du traumatisme tant individuel que social, je les ai accompagnées de ressources, que vous découvrirez dans ce que j'ai nommé les "après-coups". Elles ont été d'autre part illustrées par une jeune créatrice très talentueuse, Liane Langenbach.

Ce livre avait fait l'objet d'un premier essai disponible uniquement en numérique et les commentaires reçus sur Amazon, qui n'ont pas encore été mis sur la nouvelle version, ont tous été très positifs.

J'espère que vous prendrez beaucoup de plaisir et d'intérêt à le lire.

Pour vous dire à quel point vous allez passer un sale moment …

 

Un de mes métiers c’est d’être thérapeute. 

Dans ce métier, j’accompagne des gens, des gens bizarres, vous, moi, ou encore les autres. 

Je les accompagne pour qu’ils puissent recoudre ensemble des bouts de leur histoire, ces bouts déchirés par les traumatismes, les séparations, les maltraitances, ces bouts usés par les carences et les manques. 

Nous cousons ensemble, la tête penchée sur les émotions blessées et les sensations qui se sont absentées parce que c’était trop dur d’être là. 

Parfois la personne adulte, l’enfant, l’adolescent, la famille me quittent en ayant reprisé leur histoire, et ça donne des habits mettables en société, ils ne seront plus montrés du doigt, ils n’auront plus à faire semblant tout le temps. 

Ils ne fuiront plus sans cesse eux-mêmes et le monde en espérant passer au travers, en voulant que personne ne les remarque. 

Ils ne hurleront plus la nuit, roulés en boule sous leur couette en attendant en vain que le sommeil les prenne.

C’est déjà bien.

Mais parfois ils me quittent avec un habit que l’on dirait neuf tant il est bien coupé, juste sur mesure, tellement chic qu’il pourrait passer les époques et les milieux sans prendre une ride.

Ces gens ont un grand sourire en quittant le lieu de leur thérapie, et des larmes également, en écho aux miennes, les larmes de fatigue des yeux penchés sur l’ouvrage, les larmes de reconnaissance aussi de ce travail précieux réalisé ensemble, artisanal, impossible à réduire à une technique de coupe ou à un geste d’aiguille. 

Ces gens ont les yeux plein de couleur et les mains pleines d’œuvres qui ne demandent qu’à naître et à nourrir le monde.

C’est leur réponse finale à ceux qui les ont détruits un jour, parfois juste en passant, parfois sans savoir vraiment.

 

Mon autre métier c’est d’écrire. 

Décrire des histoires vraies dont j’essaie de comprendre le sens. Ces histoires, je les rends suffisamment fausses pour que tant de gens puissent se dire, tiens, elle parle de moi là, pour que tant de gens se reconnaissent en elles, que plus personne n’est désigné. 

Ces livres s’appellent des essais, ils sont lus par des personnes qui cherchent à nourrir leur pensée sur un sujet donné.

Dans ces livres je ne témoigne que de moi, mais je transmets de l’autre.

Dans d’autres livres, comme celui que vous avez entre les mains, j’écris des histoires fausses. 

Dans ces histoires fausses, c’est plus facile de décrire le traumatisme sans avoir peur de blesser quelqu’un, parfois juste en passant, parfois sans savoir vraiment. 

Ces histoires fausses, c’est ma liberté d’être.

C’est une question d’aujourd’hui de vouloir savoir si une histoire est vraie ou fausse.

Toutes les histoires sont fausses car nous recousons sans cesse notre habit de vie avec de nouvelles pièces trouvées de ci de là, et en recousant, nous transformons, nous réinventons le passé, nous proposons de nouvelles fins possibles. 

Et toutes les histoires sont vraies aussi, car nous ne sommes jamais coupés de ce que nous écrivons ou de ce dont nous parlons. Même en le voulant très fort, même en voulant être neutres, nous ne pouvons partir que de nous. 

Certains voudraient regarder la vie des autres, et décrire leurs émotions comme si ces autres étaient des rats dans un laboratoire. 

Ces certains-là pensent vraiment être différents des personnes qu’ils observent avec objectivité. 

D’une autre espèce.

Je n’ai jamais cru à cette fable. 

Ces faits que je décris, je ne les ai peut-être pas tous vécus. Mais ces émotions je les ai ressenties, ces sensations se sont imprimées dans mon corps, ces mots je les ai prononcés. 

Cette histoire de l’autre, elle m’appartient en partie, sinon elle ne pourrait sortir de moi.

Il y a une nuance quand même. 

Dans les histoires que j’invente, je peux jouer avec des fins différentes. Sentir ce que c’est de mourir ou de vivre, tester des émotions, comme mélanger des parfums, voir celles qui me disent quelque chose, et celles qui ne me disent rien, les jeter. 

Je ne peux pas faire ça avec les histoires vraies. 

Elles ne m’appartiennent pas, elles n’appartiennent même pas toujours à ceux qui les vivent. 

Mais nombreuses sont aussi leurs fins possibles, avec juste un tout petit pas de plus après le grand bond de l’imagination.

Ainsi le moment difficile devient juste un mauvais moment à passer dans cette opportunité que reste la vie.

C’est comme cela que les histoires, vraies et fausses, tissent sans arrêt notre humanité, fil de chaine sur fil de trame, rouge sur bleu, noir sur blanc, ton sur ton. 

Les vraies histoires mettent des limites, les fausses ouvrent des possibles.

Les vraies histoires ne sont vraies qu’à l’instant où nous les vivons, puis elle se dépêchent de devenir fausses afin de rester cachées. 

Quant aux fausses histoires, elles nous parlent toujours vrai, sinon elles ne seraient jamais racontées.

C’est ainsi que jour après jour, minute après minute, la tisseuse d’histoires ne s’arrête jamais sur sa toile.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Couverture "Juste un mauvais moment à passer"

Couverture "Juste un mauvais moment à passer"

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