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UNE PSY ... CAUSE

UNE PSY ... CAUSE

Un regard intime (et féminin!) sur la société, la famille, la personne ... et les psychothérapies!


Psychothérapeute, ni plus, ni moins

Publié par SIBILLE MARIE-JOSE sur 19 Juin 2009, 18:16pm

Catégories : #Le métier de Psychothérapeute

PSYCHOTHERAPEUTE, NI PLUS, NI MOINS

 

Avril, mai, juin 2009 : Le Printemps des psychothérapeutes

 

 

Imaginez: une nouvelle île, nourrie des forces du magma, veut sortir de la mer : tremblements de terre, éruptions volcaniques, réveil d’improbables dinosaures, tambours ancestraux et chants de guerre des tribus primitives. L’île jaillit, saluée par le soleil levant de tous les possibles. Les terres alentour vacillent, puis finissent par s’apaiser pour accueillir avec joie cette soeur émergente, porteuse de nouvelles promesses, d’une nouvelle biodiversité, qui ne peut qu’enrichir l’ensemble de l’archipel. Archipel que nous nommerons « Les Psys », île que nous nommerons « Les Psychothérapeutes ».  Beau rêve ? Nous sommes bien sûr, malgré les cinquante ans d’existence de notre profession, dans la phase de réveil des improbables dinosaures …

Notre île est-elle suffisamment solide pour ne pas s’affaisser sous son propre poids, sabordée par ceux-là mêmes qui ont été ses premiers colons, partis vers d’autres cieux plus connus, ceux des psychanalystes par exemple, ou des psychologues, abandonnant leur progéniture aux sons des tambours de guerre ?

 

 

Merci aux sectes. Grâce à elles, la Psychothérapie[1] a eu largement sa place dans les médias récemment. Elles font des dégâts, mais moins que les milliers d'erreurs médicales qui tuent chaque année de nombreuses personnes en France. Ce qui n’empêche pas, heureusement, les médecins d’exercer. Moins que les entreprises et leur taux de suicide en croissance constante ; moins que les familles avec leurs propres enfants ; moins que les couples soumis au règne de la violence conjugale ; et bien sûr moins que les pouvoirs politiques eux-mêmes, où qu’ils soient dans le monde.

Mais comme le gendarme dans les vieux théâtres de Guignol, dans l’avalanche de faits internationaux, nationaux ou plus familiers sordides à laquelle nous sommes soumis chaque jour, le mot « secte » continue à faire peur aux petits enfants … Et il effraie davantage les praticiens, dans leur peur de l’amalgame, que la plupart des usagers, c’est un comble.

Quelques semaines après ce débat sur les sectes, la ratification par le Sénat du texte de loi nous concernant[2] est tombée. L’analphabétisme émotionnel, l’absence de pensée complexe et la violence pulsionnelle que montrent le discours de « notre ministre », devraient être une formidable opportunité pour prendre confiance en nous. Ainsi d’ailleurs que les remarquables interventions des sénateurs qui ont défendu notre position.

Mais les psychothérapeutes, c’est un fait, peinent à prendre leur place, non dans le social, où ils sont de plus en plus présents, mais dans le champ de la reconnaissance sociale. C’est leur force, ils sont partis du besoin. C’est aussi leur faiblesse, ils sont peu armés pour prendre d’assaut les forteresses du pouvoir social.

 

Quel crédit accorder à cette loi ?

 

Nous savons tous qu’elle est destinée à défendre des intérêts particuliers. Ce n’est donc pas une loi dans le sens d’une autorité légitime, mais bien une prise de pouvoir.

Censée protéger le titre de Psychothérapeute, elle interdit à une profession bien spécifique d’exister. Bien spécifique, mais peut-être ne l’avons-nous pas encore assez spécifiée ? Et ce malgré le travail remarquable et la clarté de communication de nos associations les plus représentatives.

C’est ce genre d’attitude excluante et brutale qui provoque l’émergence des sectes, c’est-à-dire étymologiquement des « coupures », des îlots qui revendiquent une existence séparée du social commun, se mettant alors dans certains cas à fonctionner comme des républiques bananières, avec tous les abus que cela peut engendrer. Ces abus, encore une fois, existent tout autant voire beaucoup plus dans la société, mais ils y sont noyés dans la masse du consensus politique le plus large à un moment donné.

La loi est passée sous prétexte de la protection des usagers, Madame Bachelot se protégeant derrière sa cape de Zorro chaque fois que quelqu’un essayait de lui apporter un avis contradictoire ; or la plupart n’en demandent pas tant. Ces personnes qui viennent nous consulter sont considérées comme a priori fragiles, et victimes potentielles de toutes sortes de charlatans, comme si l’Université avait jamais protégé quiconque des abus de pouvoir[3]. Pourquoi faudrait-il faire semblant d’y croire ?

Ces personnes, j’ai plutôt tendance à les considérer comme porteuses d’une liberté d’être leur permettant, malgré ou grâce à leur souffrance acceptée, d’oser de nouveaux territoires.

Cette loi les victimise et les infantilise. C’est un grand classique : la victimisation permet de garder soumises, sous l’emprise du supposé « sauveur », les populations concernées. Cela n’a rien à voir avec le processus indispensable qui consiste à accueillir, reconnaître, et nommer la victime d’un abus ou d’une maltraitance.

Comme on l’a dit un millier de fois, les lois françaises sont suffisantes en l’état pour protéger les personnes abusées. Elle n’est malheureusement pas suffisante pour nous protéger des criminels financiers et écologiques. Les meurtriers de la Terre, les tueurs des Arbres et des Animaux, les assassins de l’Homme peuvent encore sévir en toute impunité, eux.

La seule violence intolérable dans notre société, c’est encore et toujours celle qui menace les pouvoirs établis.

 

Quelles réactions attendre des psychothérapeutes ?

 

Certains collègues sont tentés de s’appuyer sur la réalité bien établie de leur clientèle pour éviter les conflits de pouvoir et, bien sûr, la violence psychique, qui accompagne l’émergence d’une profession nouvelle dans le champ social. Je les comprends.

Compétents dans leur pratique, mais peu sûrs d’eux face aux pouvoirs étatiques, psychiatriques ou universitaires, ils retournent dans leur forêt, en continuant d’exercer le même métier, mais en renonçant à ce titre dont ils sont pourtant les représentants les plus spécifiques. Ils se déclinent alors comme thérapeutes de tous ordres, accrochés à une de leur méthode ou école d’origine, voire en se protégeant derrière le titre de psychanalyste, ce qui est, de mon point de vue la négation de tout le travail de différenciation accompli jusqu'alors.

Mon parcours et mes formations, toutes volontaires, universitaires ou non, ainsi que mon temps de praticienne me permettront sûrement de rester psychothérapeute. Mais je pense aux jeunes collègues[4] qui ont dépensé, le plus souvent sans rien demander à personne, des milliers d’euros pour suivre des psychothérapies personnelles et des formations initiale et continue sur des années avant d’oser, trop récemment pour la loi, se nommer psychothérapeutes. Et je pense bien sûr à tous ceux qui sont encore en formation dans l’optique de le devenir. Je pense à leur angoisse, à leur sentiment aussi d’avoir été abusés, par la loi, certes, mais aussi, voire surtout, par les « anciens », leurs écoles, leurs formateurs, leurs superviseurs, si ceux-ci arrêtent de se mobiliser  pour soutenir la spécificité de cette profession. Nous devons veiller sans cesse, et individuellement, à ne pas basculer insidieusement dans l’autre camp, sous prétexte de ne pas se radicaliser. Regardez ce que cette attitude a donné pour le parti socialiste … La conflictualisation, et donc la négociation et la pacification, ne peuvent réellement intervenir qu’entre adversaires de force égale.

Sinon il s’agit simplement de cannibalisme …

Le temps est donc venu de se soumettre ou de se battre.

Ce métier doit être soutenu par des  personnalités reconnues, par les médias, par les usagers motivés et conscients des enjeux. Mais il doit être porté aussi et surtout par ceux qui l’exercent ! Que faire si ils sont les premiers à renoncer ?

Ce qui est en train de se passer est d’une grande violence sociale et symbolique, même si nous ne sommes bien sûr pas au bout des recours et des débats. En ce qui me concerne j’espère tenir jusqu’au bout dans le positionnement que je soutiens dans cet article.

Il est important de ne pas se laisser abuser quand l’on fait partie de ceux qui vont être « autorisés » à rester psychothérapeute. C’est une tentation de laisser les autres crever dans leur coin ou se désocialiser, et une grande manœuvre réussie de manipulation sociale par l’intermédiaire de la clause du grand-père. Les chefs de tribus africaines recevaient aussi des contreparties pour vendre leurs enfants aux esclavagistes.

 

Une autre attitude possible ?

 

Il va falloir arrêter de se réfugier derrière le vocable fourre-tout de « psys », ou plutôt le laisser à l’usager qui n’a pas à justifier son choix, et revendiquer encore davantage notre spécificité.

La psychothérapie est un formidable espace de liberté, qui a pu se socialiser et se médiatiser, se légitimer à de nombreux niveaux, en particulier auprès des usagers, mais pas encore se faire reconnaître, ni se légaliser.  

Contrairement à ce qui peut parfois être dit, elle n’est pas un outil de davantage de repli sur soi narcissique.

Elle est au contraire une contre-culture, un moteur de changement social : en permettant au sujet de s’affirmer, malgré ses souffrances, de sortir de son statut familial et social d’enfant soumis, elle participe à une véritable transformation culturelle et politique.

Il peut paraître dans un premier temps plus simple aux pouvoirs établis de fermer des écoles pour ouvrir des prisons, d’interdire les psychothérapeutes indépendants pour ouvrir des asiles … et des sectes ! Mais cette intolérance à la complexité débouche toujours inévitablement sur plus de violence sociale à moyen et long terme.

 

 

Qu’ont réussi les psychanalystes que nous n’avons pas (encore) réussi ?

 

 

Cela reste une question d’importance. Pourquoi et comment ont-ils produit suffisamment de légitimité pour pouvoir se servir de ce titre de psychothérapeute sans que l’adoubement universitaire leur soit exigé ?

 

Je vous proposerai simplement quelques éléments de réflexion. Auraient-ils mieux réussi à :

 

 

Ø      ECRIRE : Nous devons spécifier, définir, témoigner, expliquer, en notre nom, et pas en utilisant le champ du développement personnel, ou la promotion d’une méthode unique. Les premiers ouvrages spécifiques écrits et promus par la FF2P par exemple posent des jalons fondamentaux. Mais  il est nécessaire que de plus en plus d’ouvrages portent témoignage de ce métier en charge de l’intime. L’écriture a été fondamentale dans l’histoire de la psychanalyse, le langage, je parle de celui des mots, est leur thème central. La psychothérapie par complémentarité avec la psychanalyse, laisse une place prépondérante au corps et à l’émotion, ainsi qu’à la relation. Les mots quittent la toute puissante première place pour être inclus dans un ensemble. Or les mots, la tradition écrite, sont indispensables pour faire état d’une pratique professionnelle, culturelle et humaine telle que la psychothérapie, celle qui se pratique depuis longtemps hors de l’hôpital et de l’université. Sinon elle risquera vraiment de ne pas prendre sa place dans le champ social de la reconnaissance et de la loi, un champ souvent confondu avec celui du symbolique, et donc du légitime.

Beaucoup des psychothérapeutes ayant écrit sont passés par le développement personnel qui n’a pas suffisamment été nommé, quand c’était le cas, comme biais de communication de la psychothérapie indépendante. Nombre de ces thèmes passionnent les gens, mais ne sont pas clairement identifiés comme porteurs des bases de la psychothérapie.

  

Ø      SE DIFFERENCIER : Nous devons continuer à nommer pourquoi nous ne sommes pas, et ne voulons pas être, des psychiatres, des psychologues, des psychanalystes. Nous devons dire et redire tout ce que nous apportons de nouveau qui jamais ne pourra être enseigné à l’Université : le travail avec l’intégralité de la personne, le corps, l’émotion, la relation, la psychothérapie de groupe, la mobilisation de l’intelligence émotionnelle, et de celle de l’intime, la reprise de contact avec la nature, et j’en passe. L’approche intellectuelle et conceptuelle, certes structurante sur un plan, de l’Université, réduit l’homme à son mental. Et qui plus est, la plupart du temps, à la partie rationnelle de ce mental. C’est ainsi d’ailleurs que beaucoup de personnes ayant passé des années à ne nourrir que cette partie d’eux-mêmes, « explosent » en plein vol à un certain âge et deviennent d’excellents clients potentiels de toutes sorte d’illuminations plus ou moins sectaires, qu’ils font résolument passer à travers leur titre de médecin ou de scientifique. La rationalité seule est aride, et peu sage à long terme.

 

Ø      SE PROTEGER : Nous devons nous fédérer, nous réunir, dialoguer, à travers nos associations et syndicats, comme c’est déjà le cas, mais aussi dans nos villes, à travers des associations locales de rencontres et d’actions entre collègues, toutes méthodes confondues. Nous sommes parfois notre pire ennemi, quand nous nous battons entre nous au lieu de mettre temporairement de coté nos divergences, et leur richesse potentielle, pour faire front face au danger commun.

 

 

Ø      S’AFFIRMER, DEVELOPPER UNE BONNE ESTIME D’EUX-MEMES :

Rappelons-nous, et rappelons à Madame Bachelot et consorts, que les titres de psychiatre, psychologue et psychanalyste n’étaient pas inscrits au silex dans les grottes de Lascaux. A un moment donné, ces professions ont dû se battre elles aussi pour être reconnues. Et certaines très récemment, comme les psychologues, à la fin du siècle dernier ... C’est à notre tour de dire que nous avons notre place.

Notre espèce en voie d’apparition, issue de la mutation évolutive de nombreux ancêtres éminemment respectables, doit occuper sa niche écologique pour ne pas disparaître avant que d’avoir pu produire tous ses fruits.

J’écris ce texte un mercredi, un mercredi banal de mère de famille nombreuse, psychothérapeute, formatrice, conférencière, auteure, accompagnatrice d’ânes, de chèvres et de chiens, femme, amie, fille, collègue, citoyenne .... Je le boucle dans un gymnase pendant le cours de judo des enfants, une musique héroïque prépare le spectacle de fin d’année, et me donne envie de hurler : debout peuple des psychothérapeutes ![5]

Je partage cela avec vous, car le, et plus souvent la, psychothérapeute exerce un métier de la complexité humaine et vivante, loin de la technicité prévisible, de l’espace bétonné, du temps balisé. Un métier qui souffre peut-être de ce qui a été sa force, le respect des valeurs féminines. Et donc comme tous les métiers hautement féminisés, dans leurs effectifs comme dans leur pratique, il peine à émanciper sa pensée des grands ancêtres masculins, ou féminins adoubées par eux, il doute, il investit peu le champ de la reconnaissance sociale, préférant exercer son métier dans la proximité et le quotidien, loin des enjeux de pouvoir qui menacent l’accès à l’intelligence de l’intime, à la subtilité émotionnelle, à l’empathie, à la créativité relationnelle. Regardez les métiers du care, les sages-femmes, les infirmières, omniprésentes dans les soins, inexistantes dans la reconnaissance financière et sociale ; mais regardez aussi les psychologues et les enseignants pourtant rassurés par une autorisation paternelle d’exercer, sous la forme d’un diplôme universitaire. Regardez les mères de familles, les assistantes maternelles et les employées de maison … La parité, et même le simple respect, sont loin de régner. Même dans notre profession. Surreprésentées dans les praticiennes, sous-représentées dans les instances dirigeantes, les écrits, les débats, …

Il faut donc trouver le moyen d’écrire, d’agir, de dire, de penser par nous-mêmes ; il faut développer une estime de nous qui ne nous fera plus baisser la tête trop vite face à ces abus de pouvoir. Car nous avons beaucoup de choses à dire, des choses essentielles, non seulement pour l’individu courageux qui vient explorer avec nous son monde intime le plus vulnérable, mais aussi pour l’avenir de la société, et n’ayons pas peur de le dire, de l’humanité. Il faut poser notre pierre, et graver sur cette pierre les fondements théoriques de notre pratique psychothérapeutique, en renonçant à nous cacher derrière les portes closes des écoles et des chapelles, où derrière les portes trop grandes ouvertes du développement personnel. A quand  la révolte des nonnes, et celle des prostituées ? Je sais à quel point beaucoup d’entre nous sont peu armé(e)s pour ce type de combat. Et bien nous irons avec nos propres armes, notre cœur, nos convictions humanistes, nos résultats cliniques, notre originalité de pensée. Nous ne risquons plus la mort pour nos idées, c’est une chance ; nous risquons juste la mort sociale … par décapitation ou par noyade dans le déjà existant.

 

Ø      SORTIR DU CHAMP ET DU MODELE PSYCHOPATHOLOGIQUES : les psychanalystes, comme d’ailleurs le développement personnel, ont réussi à se différencier du champ de la pathologie mentale en devenant une vraie démarche de maturation individuelle, dont en fait tout le monde aurait besoin, sinon le monde ne serait pas ce qu’il est. Ils ont développé une véritable contre-culture à partir d’un modèle anthropologique et non psychopathologique[6] ; c'est-à-dire qu’ils ont fait la promotion d’une vision de l’homme, et non d’une vision de sa maladie.

Ils n’ont d’ailleurs pas hésité à se positionner sur tous les débats d’actualité, la guerre, la politique, la violence, l’éducation.

Sûrement, au cœur de notre modèle anthropologique, trouverons-nous la souffrance. Mais la souffrance n’est pas la maladie. Il va falloir se retrousser les manches pour que le message passe davantage, y compris auprès de gens qui ont rigidifié totalement leur personnalité pour justement ne pas avoir à supporter leurs émotions, à accéder à leur douleur, comme c’est souvent le cas dans le monde du pouvoir politique. Mais pas toujours.

 

Par rapport à tout cela, nous sommes vraiment trop timides. Et la solution n’est pas, j’en suis certaine, de revenir dans le giron de ces glorieux ancêtres psychanalystes, mais bien au contraire d’oser nous aussi conquérir cette Agora, cet espace de parole publique, et aussi les lieux de pouvoir, simplement pour pouvoir garantir notre existence.

Les psys, c’est une vraie cour des miracles ! Et que continue à vivre cette diversité.

Pour finir temporairement, vous trouverez ci-dessous l’animal totem que j’ai trouvé pour m’inspirer dans ce travail. Il s’appelle l’Oreille volant. Ses oreilles, qui me font penser aux nôtres, lui permettent de s’envoler vers d’autres cieux, et il rebondit en permanence sur son nez, qui a la forme d’une patte de canard, lui permettant donc aussi de nager dans les eaux profondes ! Bien sûr c’est un animal chimérique, une extraordinaire histoire de biologistes imaginatifs[7], mais j’y ai cru un instant quand je l’ai vu dans un magazine pour enfants. Et les chimères peuvent être conquises, elles nous parlent toutes de la complexité de l’être humain et de son devenir.

 

Lasseube, le 19/06/2009

 

Marie-José Sibille

Psychothérapeute intégrative

mariejose.sibille@gmail.com

 

 


[1] Une fois pour toutes, j’entends par le mot de Psychothérapie la Psychothérapie indépendante de l’Université, des pouvoirs médicaux, et même des Psychanalystes. On peut y rajouter intégrative, relationnelle, humaniste, analytique et j’en passe, mais comme me l’a fait remarquer un lecteur non psychothérapeute, c’est soit la promotion d’une approche au détriment des autres, soit une manière d’éviter la confrontation autour du mot.

[2] A aller voir absolument : le site de la FF2P, où vous trouverez l’intégralité des débats, onirique, dans le sens cauchemardesque ! www.ff2p.fr
[3] Ne voulant pas perdre de temps à nommer les centaines de plaintes formulées à l’encontre de certains psychiatres, psychologues et psychanalystes, non mises en parallèle avec les plaintes concernant les psychothérapeutes qui sont pourtant utilisées pour nous évincer, je vous invite à aller voir sur Internet, par exemple « Victimes des psychiatres ». Même en divisant par 2 et en tenant compte des transferts négatifs mal gérés, c’est impressionnant.

[4] J’entends jeunes par le temps de pratique car comme cela a été dit de nombreuses fois le métier de psychothérapeute est un métier de la maturité.

[5] Pour ceux qui veulent la musique allant avec cet article, allez donc vous mettre « Pirates des Caraïbes » sur Utube. Ça ne s’invente pas ! Quand je vous parle d’une île émergente …

[6] Dans le spécial Sciences Humaines sur les psychothérapies on voit bien la difficulté qu’à la psychothérapie à se définir autour d’un modèle anthropologique et non pathologique.

[7] Que vous pouvez découvrir sur Wikipédia, ordre des Rhinogrades.

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guiziou 10/07/2010 14:46


Bonjour!je ne peux résister à l'envie de laisser un commentaire tellement ce bloc "résonne" en moi! quelle ferveur contagieuse dans ce monde isolé.. "Jeune" quadra psychothérapeute installée depuis
trop peu de temps pour pouvoir avoir la "prétention" de porter ce titre, je suis de ceux qui investissent le moindre sou à se spécialiser pour toujours mieux servir les consultants et la profession
mais il est clair que cela ne suffit pas pour être considérée "honnête" par toute cette horde d'autoritaristes qui nous gouverne.. on est en droit de se demander de qui ils ont peur à ce point?? de
toutes ces personnes "libérées" par nos "compétences" susceptibles un jour de réagir au lieu de servir???d'être acteur plutôt que spectateur??
très cordialement et au plaisir de vous lire à nouveau très bientôt


Marie-José SIBILLE 11/07/2010 12:43



Vous soulevez le fond du problème, très bien montré dans le documentaire "Un monde sans fous?" qui était passé ce printemps sur Arte je crois. Allons-nous soigner des serviteurs de la société de
consommation pour qu'ils soient plus efficaces dans leur esclavage? Ou aider des personnes à devenir elle-mêmes, libres et affirmées? Ce n'est pas une question nouvelle, mais elle est toujours
autant d'actualité. Confraternellement.



Annie Rapp 27/07/2009 14:42

Bonjour

Je viens de trouver votre texte que je trouve excellent et que je vais me permettre de diffuser sur mes sites.
Vous exprimez avec beaucoup de pertinence mes propres idées...
Je milite activement pour la reconnaissance et l'autonomie de la psychothérapie et des psychothérapeutes.

Cordialement
Annie Rapp

Marie-José SIBILLE 27/07/2009 16:25


Merci. N'hésitez pas à m'écrire vos coordonnées et vos sites à mon email: mariejose.sibille}gmail.com, que nous puissions faire plus amplement connaissance virtuelle! Une deuxième partie de cette
article paraîtra sur mon blog vers le 15 août. Bon temps qui passe en attendant.


Eric 04/07/2009 06:00

Bonjour Sibille,

Très bel article. Je fais partie de cette jeune génération qui ne pourra porter le titre une fois son parcours achevé. Cela n'a aucune chance de me détourner de cette voie. Je pense que le public rencontre par "hasard" les thérapeutes qui peuvent les accompagner, par la densité de leur maturation, et le vocable qui les désigne ou l'accréditation de l'Etat y jouent un rôle bien secondaire.
Comme dans nos démarches personnelles, j'ai envie de me questionner sur le sens de cette législation qui vient percuter cette profession. Peut être est ce que nos cheminements nous ont à ce point porté à l'humilité, au désintérêt pour le corporatisme, que nous sommes trop peu visibles. Ce chemin d'exil va nous conduire à plus de visibilité, car il est probable que nous portons et pouvons transmettre des expériences importantes dans les temps difficiles que va affronter notre civilisation.
Ce blog participe à cette visibilité, merci !
Eric

Marie-José SIBILLE 04/07/2009 09:26



Merci Eric pour cet apport de la voie(x) de l'ombre. Elle a effectivement fait ses preuves tout au long de notre histoire. Et j'aime beaucoup le fait de s'interroger sur ce qui vient percuter
notre profession. Je note que tu as dis législation, et pas loi; fera-t-elle force de loi ? Ou loi du plus fort ? Dans tous les cas, la réponse ne serait être autre que complexe, et largement
individualisée. Bonne route en tous cas.



SERRIERE 02/07/2009 19:08

Chère Marie-José,
J'ai pris connaissance de ton blog.
J'ai lu l'article sur la psychothérapie qui m'inspire quelques remarques. (pendant ce temps là j'ai laissé cramé une casserole de riz !)
Si la psychothérapie subit une entreprise de sabotage c'est pour les raisons même qui la fondent et qui sont exprimés clairement dans ton article :
D'une part, les psychothérapeutes "ont développé une véritable contre-culture à partir d'un modèle anthropologique et non psychopathologique" : toute contre-culture court le risque soit d'être détruite par une entreprise de sabotage (ici en l'occurrence par la voie législative) soit récupérer donc édulcorer puis à terme annihiler. Une société ne tolère la contre-culture qu'autant qu'elle ne met pas en péril ses fondements. Or, construire une pratique thérapeutique fondée sur "un modèle anthropologique et non psychopathologique" est un risque en soi pour la société : c'est dire à l'individu : "Ces souffrances et insuffisances que vous ressentez ne sont pas d'ordre pathologiques mais consubstantielles à votre être". C'est dire que l'être avec ses manques, ses insuffisances, est en capacité totale de devenir "intègre" dans le sens plein et entier, donc en capacité d'autonomie ; ça, ça ne peut pas convenir à une société construite sur la soumission et la culpabilité . La société en question se rebiffe : c'est logique.
"Comme tous les métiers hautement féminins..." C'est le deuxième point qui provoque une collusion avec le pouvoir en place : dans une société patriarcale qui est obligée de légiférer pour avoir quelques femmes dans les arcanes du pouvoir, on peut considérer comme intolérable que ces dites femmes réinvestissent le champ de la santé selon leur propre conception du monde. Ne perdons pas de vue que cette même société s'est construite sur la destruction du pouvoir des femmes : Il a fallu brûler 6 millions de "sorcières" (les thérapeutes de l'époque) en Europe pendant le Moyen-Age pour que l'Université devienne le seul lieu de transmission du savoir et du pouvoir - éminemment masculin - à la "Renaissance" , ainsi nommé du fait d'un réveil des idées de l'antiquité qui tenait les femmes en si haut mépris (du moins c'est vrai pour le plus éminent des philosophes de l'époque Platon) que l'hétérosexualité était considérée comme source de corruption.
Les armes proposées : "notre coeur, nos convictions humanistes, nos résultats cliniques, notre originalité de pensée" sont bien des "armes" féminines par excellence. Quand j'écris féminine, j'entend bien désigner un certain type d'énergie qui a conduit certains hommes en psychiatrie car trop "décalés" par rapport à notre monde environnant.
Quoi qu'il en soit, ne désespérons pas : si nous avons du depuis des siècles nous laisser submerger par le masculin pour survivre, le processus s'inverse bien aujourd'hui . Nous procédons à une "refondation" (c'est à la mode !) de nos identités sexuelles : nous nous ré- approprions notre féminitude et les hommes eux-mêmes se mettent en quête de leur propre anima.
Aussi déstabilisante que soit cette période, elle reste porteuse des plus grands espoirs pour le devenir de l'humanité.

Marie-José Sibille 04/07/2009 09:29


Désolée pour le riz, mais tes apports très constructifs sur l'identité sexuelle, ou peut-être plutôt, à développer, la partie sexuelle de l'identité, valaient bien un repas brûlé! Merci.


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