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UNE PSY ... CAUSE

UNE PSY ... CAUSE

Un regard intime (et féminin!) sur la société, la famille, la personne ... et les psychothérapies!


Voir le monstre et sourire

Publié par Marie-José SIBILLE sur 19 Août 2009, 12:57pm

Catégories : #Le quotidien - c'est pas banal ...

 « Tout en rongeant les corps, comme un rat consciencieux,

la pensée avide grignote le passionnel, l’excès, l’imaginaire.

Jusqu’où ? »

Isabelle Sorente. « Le cœur de l’ogre ». JC Lattès. 2003. 

 

 

Je n’en finis pas d’interroger en moi, chez l’autre, dans l’Art et l’actualité, bref dans le monde, l’infernale triade bourreau – victime – sauveur.

A force de la malaxer dans tous les sens, peut-être en sortira-t-il un pain comestible ?

La Nature a résolu partiellement le problème en inventant la chaîne alimentaire. Jusqu’au ver de terre qui nous bouffera tous par la racine, on est tous le bourreau de quelqu’un. Jusqu’au même ver de terre gigotant dans le bec d’un oiseau, on est tous la victime de quelqu’un.

Mais la Nature a calé sur le sauveur. C’est peut-être là alors que le bât blesse chez l’homme. Qu’il soit juge, médecin, thérapeute, éducateur ou prêtre, celui qui fait voeu d’interférer avec la souffrance du monde prend tous les risques, y compris celui du ridicule.  

Chacun a sa recette pour aider l’autre, changer la société, sauver le monde. Même les vampires de l’économie de marché pensent agir pour le bien social. Ils sont rares ceux qui assument simplement d’être des criminels.

Et nous alors ? Quelques grammes de militance politique, trois pincées de psychothérapie, une once de développement personnel, le tout saupoudré d’un nuage de spiritualité, à consommer sans modération jusqu’au gavage et à l’écoeurement.

Si la politique changeait le monde, cela se saurait depuis tant de Grands Soirs se terminant en gueules de bois, et tant d’Aubes Glorieuses échouant au crépuscule des dieux.

Mais la politique reste indispensable à la vie commune.

Si la psychothérapie et le développement personnel changeaient le monde, cela se saurait car il y aurait moins de luttes de chapelles, d’écoles et de méthodes, moins d’avidité pour conquérir le « marché » (sic) à travers des pubs agressives et bêtes, moins de luttes de pouvoir entre confrères.

Mais une psychothérapie qui va loin dans la souffrance, les ombres et les avidités, peut amener des transformations radicales dans le cœur de l’homme.

Si la spiritualité changeait le monde, cela se saurait mais la Saint Barthélemy n’est jamais finie, beaucoup de méditants rejoignent un nirvana vaporeux, et Dieu, malgré tout ce qu’il a déjà raconté aux prophètes et aux fous, n’a toujours pas dit son dernier mot.

Mais sentir « la présence », vivre la joie de l’âme, plonger dans les eaux calmes et profondes du lac intérieur, reste une des expériences humaines les plus abouties.

Et l’Art encore, la philosophie, les sciences.

Et l'amour.
Alors quoi ?

Toutes les tentatives désespérées de l’homme pour ne pas être heureux finissent par aboutir. C’est le monde tel qu’il est. Depuis Epicure et Marc-Aurèle au moins, la confusion règne entre l’accès au bonheur et la quête de la jouissance totale, cette avidité de vivre, si belle à voir chez l’enfant où elle est célébration du monde, et pour laquelle l’âge adulte invente le terrorisme, la torture, la pornographie, la destructivité, comme médias acceptables.

Alors chacun fait sa cuisine, un peu de ci, un peu de ça, en fonction de sa nature et des âges de la vie. Et c’est très bien comme ça. Dans le monde tel qu’il est, tout est utile, et rien n’est absolu. Tout se résout, s’il faut résoudre quelque chose, dans l’expérience intime. Et puis un jour ces combats finissent par nous fatiguer jusqu’à peut-être accepter l’évidence : le bonheur est le propre de l’homme. C’est mon plat préféré, très long à cuire, salé-sucré et doux-amer, à consommer avec délectation.

Certes il en faut du temps pour accepter le regard chaud du compagnon, l’éclat de rire de l’enfant, la jouissance des embruns de la mer sur le visage, la passion créatrice.

Mais quand cela vient, l’autre n’est plus un combat, même s’il reste un mystère.
Quand cela vient, même furtivement, j’arrête d’être cet ennemi qui croit combler son avidité d’être dans la destruction de lui-même et de l’autre.
Quand ce moment vient, voici l’ogre condamné à la diète, la victime déclouée de sa croix, le sauveur expédié au chômage.

 

 

Marie-José Sibille

 

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