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UNE PSY ... CAUSE

UNE PSY ... CAUSE

Un regard intime (et féminin!) sur la société, la famille, la personne ... et les psychothérapies!


Avatar: Just a good trip?

Publié par Marie-José SIBILLE sur 19 Janvier 2010, 11:44am

Catégories : #Cette société - c'est la notre !

Un regard de plus sur le film évènement de l’année 2010avatar_118.jpg

 

Pour quelqu’un comme moi, dont le monde émotionnel et l’imaginaire fonctionnent à plein régime depuis l’âge de la lecture du Petit Prince, et de celui de la découverte du Seigneur des Anneaux, AVATAR c’est déjà 2h40 de pur bonheur, suivi par au moins le même temps de nostalgie et de réadaptation au réel. On appelle ça « la descente »  après le « trip » lors d’une prise de drogue. Donc, bien sûr que ce film est à voir, même si ça donne des sous à des gens qui en ont déjà trop.

Est-ce qu’en plus, ce film permettrait, ce serait la cerise sur le gâteau, de se poser des questions sur notre humanité passée et toujours actuelle ? Ou plutôt que de poser des questions, car le scénario est compréhensible, et sa fin prévisible, à partir de l’âge de sept ans, de ressentir des émotions qui pourraient développer notre conscience collective ?

Internet nous fait toucher depuis quelque temps une communication globale, une unanimisation de l’humanité qui fait penser aux intuitions de Teilhard de Chardin, ainsi qu’au fonctionnement de beaucoup de peuples premiers. Si ce n’est que c’est la technique qui provoque cela, aucune transformation éthique n’en découle d’office. Les catastrophes telles que celles d’HaÏti y arrivent également partiellement, en touchant quant à elles au cœur de notre empathie envers les plus vulnérables ; et je voudrais penser que seuls quelques pervers psychopathes sont exclus de ce sentiment, même si je sais que ce n’est pas le cas. Cette plongée dans une humanité unifiée dont je me retrouve simple goutte est une véritable douche intérieure, qui nous amène, pendant un temps plus ou moins court, à sortir de nous, à élargir notre conscience et notre affectivité. Et ce sont bien sûr les mêmes émotions, et les mêmes besoins, utilisés par des chefs charismatiques au profit d’appartenances cette fois-ci partielles, qui conduisent à toutes les dérives sectaires, politiques,  religieuses, nationalistes, sportives ou autres, comme l’indique l’étymologie du mot « secte », qui signifie « couper ».

Certaines œuvres d’art ont aussi ce pouvoir d’élargir nos frontières intérieures, et peut-être ce film en fera-t-il partie, quelles que soient les marchands du temple qui nous l’ont tout d’abord imposé.

Pour ceux qui ne connaîtraient pas encore l’histoire, il s’agit de la rédemption d’un homme, de son initiation aussi, qui le font passer du stade d’ancien marine exclus, dépressif, handicapé, opportuniste, à celui d’Avatar, c’est-à-dire d’incarnation sacrée, en l’occurrence de l’esprit de la déesse mère de la Planète Pandora, dont le sol recèle un minerai objet de toutes les convoitises. D’abord engagé par les multinationales qui ne pensent qu’à l’argent, et par les mercenaires à leur solde qui ne pensent qu’à tuer, bref par les très méchants, il va, par amour, finir par prendre le parti du peuple d’indigènes et les mener au combat, en connaissant parallèlement une initiation complète, c’est-à-dire une transformation radicale et irréversible de son être au monde et de son niveau de conscience. Voilà, s’il en est un, un thème qui a nourri de nombreux mythes, depuis la plus lointaine antiquité, un archétype toujours aussi efficace auprès de notre inconscient. Le monde de Pandora, beaucoup d’entre nous aimeraient sûrement y vivre. Je vous laisse en découvrir l’infinie beauté. Peut-être existe-t-il d’ailleurs, dans la nature qui nous entoure encore. Peut-être s’agit-il simplement de "voir", comme il est suggéré dans le film. Notre avenir, pour qu’il puisse exister, passe-t-il par le retour aux sources que propose le film ? Par une quête toujours plus avancée technologiquement telle que la vendent les nanotechnologies et le monde post-moderne ? A chacun de voir. Deux types d’initiation, assez fondamentalement opposées, mais peut-être réconciliables, nous sont aujourd’hui proposées.

Ce qui est certain, c’est le besoin d’initiation, de transformation de la conscience de chacun d’entre nous.

Sommes-nous capables de nous identifier aux méchants ? Bien sûr pas les grands méchants, le responsable de la multinationale ou le chef des mercenaires, n’ayons pas cette ambition ; mais à tous ceux qui les suivent sans rien dire, voire en hochant la tête d’un air approbateur. A tous ces gens comme vous et moi qui font leur travail sans trop se poser de questions, qui ont appris depuis l’enfance à obéir pour se sentir en sécurité, et qui n’ont pas pu remettre cela en question. Ou encore ceux qui sont tellement pris par l’entretien de leur « secte », quel que soit le petit monde clos qu’ils ont choisi pour pâturer, qu’ils n’ont pas de disponibilité pour autre chose. Et enfin ceux pour qui la survie quotidienne est déjà un tel fardeau, sûrement les plus nombreux, quelle que soit la raison de cette fatigue, qu’il leur est déjà héroïque d’arriver à se lever le matin pour reprendre le collier. Cela fait d’autant plus mal alors, quand on voit dans le film un soldat noir acquiescer au massacre présenté comme indispensable des « sauvages », alors même que dans ses origines réside un drame identique.

Il paraît qu’en Haïti les médecins locaux, ainsi que les classes supérieures, tous formés en occident, se désintéressent du « bas peuple », je cite la radio, allant même jusqu’à jouer aux cartes pendant que des milliers de personnes, gens de leur propre pays, agonisent, juste là, dehors. Cela est très choquant. Mais la mort des SDF en hiver, en France, nous empêche-t-il d’aller acheter le foie gras de Noël ?

Ce processus d’identification à l’agresseur, ou au puissant, à celui qui a le pouvoir et à qui il faut ressembler, fait malheureusement partie des mécanismes adaptatifs et des systèmes de défense de l’humanité, de l’animal aussi d’ailleurs.

Ce film a le mérite de montrer une possibilité de rupture avec ce fonctionnement.

Pour peu bien sûr qu’il ne soit pas simplement un moment de « trip » émotionnel, reproductible à l’infini à l’aide du jeu vidéo sorti dans la foulée, pour rester une expérience possible à mettre en lien avec ma vie quotidienne.

Car une question bien sûr reste le lien avec le réel. De manière totalement prévisible, donc je ne vous dévoile rien, le film se termine bien. Que ce serait-il passé si le réalisateur avait choisi la victoire écrasante des blancs sur les peuples premiers, des dictateurs de toutes les couleurs sur ceux qui osent s’opposer à leur toute puissance, celles des bulldozers sur les arbres millénaires, celles des bombes sur les arcs, celle de la rationalité de l’argent sur la solidarité et sur l’esprit religieux, j’entends par là l’esprit qui relie les hommes entre eux et avec leur environnement, bref, si il avait choisi de montrer la réalité de notre histoire humaine depuis des millénaires, et celle qui nous gouverne encore aujourd’hui, voire de plus en plus ? Aurait-ce été du courage ? Peut-être est-ce plus utile de toucher le besoin d’autre chose qui semble naître de manière plus généralisée depuis quelques années ?

Beaucoup de critiques que j’ai lues pour écrire cet article mettent l’accent sur l’entreprise financière, sur le succès commercial, ou sur la jouissance du voyage sur Pandora. Certains trouvent la leçon de morale trop pesante, d’autres, qui doivent vivre dans un autre monde que le mien, trouvent les méchants caricaturaux ! J’espère juste amener l’idée que le plaisir n’est pas opposé à la prise de conscience et à l’engagement.

Si nous pouvions percevoir, avec la capacité de développement de l’empathie qu’apportent ces nouvelles technologies de l’image, ce que nous avons fait, et faisons encore tous les jours, chacun d’entre nous, subir à notre terre, et à notre humanité, sûrement deviendrions-nous tous fous de douleur.

 

 

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