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Toilettes sèches : comment changer le monde (et faire fuir les ados 😂 ) avec une poignée de sciure.

par Marie-José SIBILLE

publié dans Le quotidien - c'est pas banal ...

Résumé : Et si la guerre de l'eau ne passait plus par vous ? Et si vous preniez une décision simple et radicale qui va changer votre vie ? Et si, au moins à la campagne, ce n'était pas si compliqué que cela ? Et si il fallait faire évoluer aussi les mentalités citadines ? Les toilettes sèches ont changé beaucoup de choses dans ma vie, y compris dans ma pratique de psychothérapeute. C'est ce que je vous raconte dans ces quelques lignes.

Installer des toilettes sèches était encore révolutionnaire en 2012 quand je me suis lancée dans cette aventure avec mon compagnon. Maintenant beaucoup d'influenceurs écolos en parlent, je ne sais pas s'ils ont concrétisé dans leur appartement parisien ou bordelais ?

Que s'est-il donc passé dans notre vie en 2012 ?

Nous n’en pouvions tout simplement plus de mettre des litres d’eau potable pour « ça » alors que des petits enfants lapent l’eau des flaques en Afrique, chacun ses limites. Et la récupération d’eau de pluie n’était pas simple à installer dans ce (petit) coin-là.

Alors nous avons franchi le pas, après préparation psychologique approfondie. D’abord de mon compagnon qui anticipait les désagréments pratiques, mais s’est vite rallié à la cause, car l'idée venait de moi. Mais la mise en œuvre, c'est lui ! Ensuite nos enfants, en pleine pré-adolescence à cette époque. Un âge où ils ne sont pas encore vraiment en paix avec les excrétions de leur corps, ainsi qu’avec le regard des copains/copines invités à la maison.

Il a donc fallu transformer la honte en fierté, chemin classique de résilience des individus et des groupes : nous n’étions pas des paysans du moyen-âge ou des rebus de la société hors confort, nous n’étions pas des écolos archaïques et totalitaires voulant retourner dans les cavernes et lire à la bougie, mais des révolutionnaires et des résistants conscients des enjeux écologiques et de la survie de la planète. Ainsi donc, après m’avoir fait confirmer cent cinquante fois que je n’allais pas changer d’avis dans les trois mois, mon mari a résolument coupé le tuyau d’arrivée d’eau, enlevé le bloc sanitaires, et bâti d’adorables petites toilettes sèches en bois. Nous avons investi également dans un seau en inox et une petite pelle pour ramasser les copeaux de bois. Il y a eu des bons moments, comme d’aller à la scierie remplir des sacs et de voir cette abondance inutile et gratuite que nous allions pouvoir valoriser.

Et nous avons ainsi mis en place le changement, qui s’est révélé être une vraie transformation intérieure.

Première conséquence : toutes les mauvaises odeurs ont disparu. Absorbées par la sciure.

Deuxième conséquence : 125 euros d’économie d’eau potable en 2012. Je ne vous dis pas aujourd'hui, en 2023, où notre courbe de consommation d'eau est en dessous de toutes les moyennes nationales. Les toilettes sèches n'en sont pas la seule raison mais y contribuent largement.

Troisième conséquence : Plus de fosse septique à vidanger, et à entretenir avec des produits coûteux pour qu’elle ne dégage pas d’odeurs. Avec la fosse septique, a aussi disparu ce sentiment inconfortable de dormir à côté d'un vide sanitaire rempli d’eau stagnante et « boueuse ». L’équivalent pour les citadins sont les égouts, et l’impression que j’imagine détestable, que j’essaie d’oublier quand je dors en ville, de polluer les océans avec des matières non transformées. Comment est-ce possible de vivre avec cette pensée ? Je pense qu’en fait, les citadins oublient d’y penser …

Quatrième conséquence : le bonheur que je retire de notre tas de compost numéro un. Je vais le voir tous les jours tellement ça me fait du bien, même si il n’a pas besoin de moi. Pour ceux qui ne sont pas trop au fait de cette pratique, sachez que le contenu quotidien du seau est déversé (il y a des systèmes plus pratiques mais nous on n’en est encore à cette maintenance-là) dans un bac de compostage, ou, mélangé à quelques déchets du jardin, de la paille usagée, du papier journal et du carton, il se transforme petit à petit. Cela prend deux ans pour qu’il soit « mûr ». Au bout de quatre mois, notre premier compost est déjà un bonheur à regarder, à touiller, à sentir vivre. Il a un aspect de belle terre noire, et ce sera de mieux en mieux. Des tas de petits animaux l’ont colonisé : vers de terre, cloportes, fourmis, iules, scolopendres, … des petites merveilles du bon dieu et de la nature qui mastiquent, digèrent, courent avec leurs petites pattes, transforment, partagent, … je les aime ! Et puis il y a les champignons : les premiers ont été un choc, je ne m’y attendais pas. Des sortes de lépiotes, des grappes de petits champignons caoutchouteux et noirs pleins de vie. Toujours aucune odeur si ce n’est celle de plus en plus prononcée de terreau. Et la chaleur ! Impressionnant. Notre compost fume. Je sais qu’en son cœur il fait 70 degrés. Je le remue tendrement avec mon remueur de compost.

Je me sens être une bonne remueuse de compost. Je me sens à ma place.

Avant,  en bonne névrosée banale et psychanalytique, je pensais qu’une partie de moi était « mauvaise », un « déchet », qu’il fallait « évacuer ». Cette partie honteuse était en plus une pollution pour la nature, et un poids pour la collectivité et le service public.

Maintenant je suis une individualité complexe mais intégrée qui réutilise ses déchets dans un cycle de vie et de mort très efficace. Ce processus non seulement ne coûte rien à personne, mais il apporte en plus de l’engrais à la nature et de la nourriture aux petites bêtes.

Je ne vous le cache pas, mon sentiment est proche de l’exaltation.

Et, cerise sur le gâteau (vegan et sans sucre), la psychothérapie intégrative que je pratique en a bénéficié. Plus de traumas honteux qu’il faut oublier et cacher, plus de mauvaises humeurs, d’émotions négatives, de déchets relationnels : tout dans le bac à compost ! On remue, ça chauffe, et ça produit deux ans plus tard une belle terre noire qui nourrit les arbres et les plantes, certains disent même les légumes, mais nous n'en sommes pas encore là.

Ça doit être proche de la résilience cette idée-là, mais les toilettes sèches, c’est plus facile à comprendre !

 

 

Il y a mille manières de construire ses toilettes sèches, et aujourd'hui, mille sites qui en proposent... J'ai une préférence pour le bois, mais vous en trouvez qui ressemblent comme deux gouttes d'eau 😂 à des toilettes dites "normales".

Il y a mille manières de construire ses toilettes sèches, et aujourd'hui, mille sites qui en proposent... J'ai une préférence pour le bois, mais vous en trouvez qui ressemblent comme deux gouttes d'eau 😂 à des toilettes dites "normales".

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F
Bonjour Marie Jose. Je vous écris du Mexique. Je suis impressionnée par votre enthousiasme et votre détermination… votre respect et tendresse pour tout ce qui vit. Oui, et encore oui, a tout ce qui est pro-planète terre et pro-petites bêtes du bon dieu!!! Il est temps d’agir pour retrouver l’équilibre bousillé par la modernité. Bref, je vais installer des toilettes sèches dans ma nouvelle maison. J’ai beaucoup aime le design de votre toilette sèche. Sincèrement, je vous en félicite. Vous parlez aussi avec beaucoup d’amour de votre composteur. Pour quel « design » avez-vous opté ? Avez-vous des photos a me montrer ? <br /> Je vous souhaite une belle journee. Amicalement. Florence
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M
Bonjour Florence, ça fait partie des joies du monde moderne, il faut le dire, que de savoir que l'article sur les toilettes sèches à atteint le Mexique ... Pour le composteur, pour l'instant un horrible truc en plastique donné par la mairie, mais j'ai des projets de relooking, pour adapter son apparence à sa belle âme .... C'est avec joie que je verrai vos toilettes sèches! J'espère que vous pourrez les mettre en commentaire ou en contact. Une chose que l'on a remarqué c'est que le compostage va très vite. Réfléchissez bien à la maintenance pour ne pas vous casser le dos, on a encore des progrès à faire en ce qui nous concerne ...
B
J'adore cet humour !!! J'ai transmis ce texte à plusieurs personnes de mon entourage. Mettre de la poésie dans les toilettes, on s'y essaie souvent, pas facile d'y exceller. De cet écrit, je prends tout. Avec le grand bonus de me sentir moins sale.
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E
Bonjour Marie-José,<br /> <br /> je viens de lire ton article sur les toilettes sèches et leurs impacts à divers niveaux.<br /> <br /> je suis très touchée par ton expérience et les liens que tu fais entre transformation de nos matières fécales et urines en compost, terreau, humus <br /> et transformation de la honte en fierté, <br /> pour aboutir à transmutation des &quot;déchets&quot; relationnels, émotionnels, personnels (avec soi, auprès des autres, en lien avec le passé, ...) en un terreau fertile de ... de quoi ?<br /> <br /> Je propose : <br /> <br /> * L'ACCUEIL inconditionnel de ce qui est, en particulier les EMOTIONS dites &quot;négatives&quot; (une grande famille où la peur et la tristesse mènent le bal, non ?) et les ACTES (pensées, paroles, actions dont on n'est pas fier après coup) pour s'en LIBERER et faire à nouveau de la place au CALME et aux POSSIBLES, légers et joyeux,<br /> <br /> * LA PRISE DE CONSCIENCES de ses BESOINS (ceux d'hier comme d'aujourd'hui en friche, frustrés, bafoués ou simplement insatisfaits), puis de ceux des autres de fait, pour mieux en prendre SOIN à présent, les respecter, les exprimer, s'en occuper soi-même au maximum car l'autre n'est pas missionné pour prendre en charge mes besoins (quels qu'ils soient)<br /> <br /> * OSER ESSAYER AUTREMENT &amp; OSER ETRE SOI : prise d'initiatives et de décisions créatives, originales, singulières, dans l'enthousiasme et la confiance (re)trouvés, dans l'écoute de son coeur, de ses en-Vies, pour s'embellir l'existence. <br /> <br /> * Poser UN AURE REGARD sur tout (soi, les autres, hier, demain ... : la vie !), transformer son mode de PENSEE (et en particulier dans l'anticipation positive, optimiste, enjouée des événements !), vivifier ses RELATIONS (parfois cela signifie couper le robinet de certaines d'entre elles pour cesser de gaspiller son énergie vitale, sa propre source !)<br /> <br /> * Gagner en AUTONOMIE émotionnelle &amp; affective, et en EMPATHIE sincère envers tous les êtres sensibles et cela grâce à un POSITIONNEMENT clarifié, assumé, non prosélyte, mais totalement assumé car en COHERENCE AVEC SES PROPRES VALEURS AU SERVICE DE LA VIE, tel le Colibri<br /> <br /> Terreau de la joie de vivre, de la chaleur dans les rapports humains<br /> Terreau du respect mutuel, de la curiosité, de l'enthousiasme, de l'épanouissement, de nouvelles idées et pratiques au service du quotidien, du moment présent, là où tout se passe ! Pour bâtir un avenir plus humain ...<br /> <br /> Elsa<br /> <br /> Elsa
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P
I really don’t see how dry toilets have changed your world. It would be better if you could specific. Is it the dry toilets or the dry environment in the toilets? Well the question is simple isn’t it? Well, I will be waiting for an answer.
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M
Thank you for your commentary. Simple question, simple answer: it's just the feeling of &quot;first no damage&quot;, &quot;primum non nocere&quot;. Less damage for the planet, more happiness for me. And dry toilets doesn't make any damage, contrary to toilets with water.
R
Bonsoir, merci à toi Marie-josé, tu expliques très bien ce merveilleux sentiment d'être en osmose avec la nature et le vivant. Vive les toilettes intelligent.<br /> Bien à toi<br /> Karine
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M
Merci Karine. La chaudière de la Terre est au rouge, ça urge ... Bonne journée.