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UNE PSY ... CAUSE

UNE PSY ... CAUSE

Un regard intime (et féminin!) sur la société, la famille, la personne ... et les psychothérapies!


Etre parents et homosexuels : les « psy » ont-ils à porter des jugements ?

Publié par Marie-José SIBILLE sur 9 Octobre 2012, 09:49am

Catégories : #Cette société - c'est la notre !

La famille nécessite-t-elle un vrai Papa à zizi et une vraie maman à nénés, comme structure incontournable d’éducation d’un enfant ?

 

Voilà la nouvelle agora dans laquelle vitupèrent et dogmatisent certains psys médiatiques.

Le problème n’est pas bien sûr de parler du sujet de la parentalité homosexuelle, qu’elle soit adoptive, issue de la PMA ou autre solution. Le problème est l’éternelle confusion entre le jugement de valeur et l’expérience clinique, entre l’opinion et la complexité du réel.

 

Sur un sujet comme celui-ci comme sur tant d’autres, qu’est-ce qui fait réalité, qu’est-ce qui fait sens ? La complexité du vivant, qu’elle soit naturelle ou humaine ? Ou l’opinion dogmatique de quelques psys assis sur leur trépied œdipien ? Oedipe qui, trop souvent ramené au sens littéral le plus réducteur, perd son pouvoir fécondant pour la pensée.

 

Bien sûr ces tribuns réfuteront le terme d’opinion, et présenteront le fruit de leur pensée comme passé au crible de la Science et de l’amour de l’humanité.

 

Mais.

 

Quand on pense à toutes les manières dont les enfants ont survécu et survivent depuis la nuit des temps, quand on pense aux enfants loups, aux enfants élevés par leur grand-mère ou par une nourrice, aux villages africains, aux fratries résilientes, à toutes ces façons différentes, créatives, et souvent efficaces, de faire grandir un enfant ; quand on pense à tous les artistes, les génies ou simplement les gens heureux qui sont issus de ces formes familiales ; quand on pense en parallèle aux drames vécus dans les familles soi-disant plus normales, je me demande pour qui certains psys se prennent en se mêlant encore de définir les normes familiales. Les mêmes qui prédisent les pires malheurs aux familles adoptantes et aux familles monoparentales décrètent aujourd’hui l’insupportable désordre psychique induit par la parentalité homosexuelle, ne démontrant ainsi que la rigidité et la fragilité de leurs repères intérieurs. Ils font preuve a minima d’ethnocentrisme, donc simultanément d’égocentrisme et d’inflation du moi !

 

Puisqu’ils veulent des références scientifiques, ils ignorent encore apparemment celles concernant la théorie de l’attachement. Vous savez, celle où l’on voit des bébés oies s’attacher à un père humain, celle ou une maman lionne prend soin d’un bébé antilope, celle où la nounou africaine qui s’est occupée de moi depuis ma naissance a tellement plus d’importance dans ma construction psychique qu’un père toujours absent et une mère dépressive et infantile faisant le tour des boutiques de vêtements.

 

Est-ce un déni de réalité ? Est-ce la croyance – j’emploie volontairement ce terme – que toute famille qui ne répond pas au modèle œdipien (encore une fois interprété a minima sans aucune profondeur symbolique) est vouée à la Géhenne de l’archaïsme psychique et des pulsions anarchiques ?

 

Lire et entendre de tels mots chez des personnes qui sont censées faire un métier semblable au mien, basé d’abord et avant tout sur l’écoute empathique et le non jugement, paraît assez surréaliste. Mieux vaut lire un « vrai réac » en accord avec ses croyances que de lire des articles de psys qui font semblant de soutenir les homosexuels pour mieux leur dénier leur vrai droit de cité ; un peu comme les pseudos défenseurs des noirs et des femmes, qui militent pour qu’ils aient les mêmes droits qu’eux, à condition que le noir d’à côté n’épouse pas leur fille, ou que leur femme ne se mette pas en tête de gagner plus d’argent qu’eux.

 

C’est l’occasion de regretter encore une fois que les psychothérapeutes indépendants n’aient pas encore voix au chapitre dans les médias classiques, et encore moins les psychopraticiens. Trop d’entre nous n’ont pas encore trouvé le chemin pour mettre des mots écrits sur notre expérience quotidienne des corps, des émotions et des liens, pour mettre des mots sur nos pratiques un peu plus éloignées peut-être du savoir trop souvent dogmatique de la psychanalyse, et un peu plus proches de l’accueil quotidien. Du moins puis-je l'espérer.

 

Un des arguments massue depuis Dolto est qu’il faut « mettre l’enfant au centre » de la réflexion. Et les contradicteurs de l’adoption ou de la parentalité homosexuelle utilisent beaucoup des phrases comme : « et l’enfant dans ce débat ? », « et l’intérêt de l’enfant ? ». Comme j’ai eu l’occasion de le dire pour l’adoption, c’est très facile de parler à la place de l’enfant. Son nom l’indique étymologiquement[1], il ne parle pas, caractéristique qu’il partage avec Dieu et la Science. Ils sont donc nombreux ceux qui se précipitent pour être leur porte-parole officiel.

 

Osons donc encore une fois nommer la réalité : chacun a le droit d’avoir son opinion, mais ce n’est qu’une opinion, et non parole d’Enfance ou d’Evangile … !

 

Mettre l’enfant au centre peut consister à rappeler sans arrêt ce qui n’est pas acceptable : violences physiques et psychiques incluant la carence de soins, passages à l’acte sexuel, marchandisation. C’est-à-dire une variante des trois grands interdits de l’humanité : le meurtre, l’inceste et le cannibalisme. Cela est nécessaire et suffisant. Si l’on rajoute la déclaration des droits de l’enfant[2] (droit à avoir UNE famille, UNE éducation, …), ce n’est vraiment pas utile de rajouter quoi que ce soit : appliquons déjà ce qui existe. Tout le reste est une variation sur le thème de la liberté d’aimer, de la créativité éducative, de la remise en question quotidienne, avec ou sans l’aide d’une psychothérapie, de tous ceux qui ont pris l’engagement d’élever des enfants.

 

Les transformations sociales n’attendent heureusement pas l’aval des porteurs d’opinions pour se manifester et nous bouleverser. Elles n’attendent pas non plus leur aval pour porter des fruits bénéfiques ou néfastes, là encore peu importe ce qu’en ont dit les experts. Il suffit de lire les discours « d’experts » avec dix ans de recul - parfois moins - pour se rendre compte à quel point toute parole qui n’est pas basée sur la stricte transmission du vécu, tout discours qui n’assume pas d’être porté par un être humain limité par ses propres opinions et sa propre expérience, perd très vite toute valeur.

 

Bon courage donc, à toutes ces familles pionnières, à tous ces êtres qui, tout en mettant l’amour et le respect de l’autre au centre de leur vie, acceptent de sortir des schémas qui rentrent peut-être pile poil dans les triangles et les carrés, mais qui ont aussi produit les pires excès de la pédagogie noire dont parlait si bien Alice Miller.

 

 

 



[1] Infans : celui qui ne parle pas

 

 

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PHILIPPE 08/11/2012 15:28

Voici un article qui m'interpelle à un double point de vue. En tant qu'homosexuel pacsé qui vient d'adopter en couple un enfant (c'est possible au Brésil où nous vivons). En tant que ex-physicien,
donc scientifique de formation, qui est passé de la science "dure" à la science humaine en tant que coach désormais et donc aussi formé et motivé par la psychologie et la psychanalyse.

Je suis comme vous effrayé -et malheureusement le débat qui s'annonce en France va nous permettre de le vérifier une fois de plus- par l'attitude normative de certains praticiens "psy". Sur quelles
études, quelles preuves, tous ces gradés de la psychosphère vont-ils s'appuyer pour proférer leurs thèses? J'aimerais disposer d'études de suivis d'enfants élevés depuis plusieurs années par un ou
des parents homosexuels pour pouvoir commencer à me faire un avis mais si elles existent on n'en parle pas. On préfère -surtout en France n'est-ce pas- en rester à des combats théoriques de faible
portée concrète...J'aimerais un peu plus de retenue, de doute et d'humilité et moins de certitudes bien peu fondées.

Car mon questionnement est assez simple : comment accompagner notre fils dans son développement psychique dans sa double condition inhabituelle d'adopté et fils de deux papas?

Nous avançons ensemble sur cette question - avec quelques lectures à l'appui- convaincus qu'il n'y a pas de recette miracle sinon accompagner au quotidien sa reformulation de sa situation. Voir à
l'oeuvre dans cet exercice la résilience infantile est touchant, vivifiant et drôle! Et je crois que notre meilleur guide reste une capacité d'écoute, une disponibilité aux jaillissements de son
imagination! Car ce n'est pas à mes yeux le fait d'être adopté (encore que ce fait recouvre une infinité de réalités et d'histoires différentes) ou d'avoir deux papas qui pose éventuellement
problème mais bien le regard (conscient/inconscient) que l'adopté pose au fur et à mesure de son développement sur sa situation - regard fortement influencé d'ailleurs par la société dans laquelle
il vit. Le fait d'avoir deux papas est pour lui un sujet de fierté car deux c'est mieux qu'un n'est ce pas? Et pourquoi pas ? Après un an de vie avec nous il nous parle aussi de sa maman dont il
n'a pas de souvenir conscient et nous l'accompagnons dans ce que nous sentons qu'il essaie de construire : son histoire, sa représentation plus précisément, et derrière cela l'image qu'il a de lui
même. Ce faisant nous ne faisons rien d'autre que ce que des parents doivent faire : lui donner confiance en le reconnaîssant dans sa singularité.

Et plus la société nous aidera à prolonger ce travail en l'acceptant dans sa double difference, plus il sera à l'aise avec lui-même. Et il est instructif de voir combien la société brésilienne par
le respect qu'elle a de l'enfant y parvient quand nous nous heurtons à une montagne d'a priori côté français!

C'est au final ce qu'il y a de plus intéressant dans ce débat qui s'ouvre : ce qu'il révèle sur les peurs de ceux qui le fuient.

Marie-José SIBILLE 08/11/2012 15:46



Merci Philippe pour ce beau témoignage qui parlera sûrement à beaucoup. J'aime bien quand vous parlez du nécessaire humour, une clé essentielle dans les familles "un peu bizarres" (j'en suis une
également), ainsi que l'expression: "accompagner au quotidien sa reformulation de sa situation". Quelle définion claire d'une partie essentielle du rôle parental!


Quand aux jugements des doctes personnes, psys ou autres, ce ne serait pas grave, et ferait juste penser aux ronchonnements de vieux hibous (vs chouettes) au creux de leurs arbres, si ça ne
créait pas parfois - trop souvent - des retraumatisations importantes chez les personnes qui consultent, ou même parfois simplement lisent ce genre d'avis à l'emporte-pièce. C'est ce que
j'essaireai de développer dans un prochain article qui fera suite à "une vie violée", et je vous remercie de m'avoir donné l'occasion de préciser cela.


Bonne chance pour votre humaine aventure.



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