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UNE PSY ... CAUSE

UNE PSY ... CAUSE

Un regard intime (et féminin!) sur la société, la famille, la personne ... et les psychothérapies!


Faut-il être infidèle ? Deuxième partie

Publié par Marie-José SIBILLE sur 15 Novembre 2010, 09:49am

Catégories : #La psychothérapie - de quoi ça parle

Quand l’infidélité émerge dans un couple, quelque chose est dit d’un besoin de distance, d’un désir de renouveau.

tendreIl existe dans tous les couples des zones à risque où l’on peut s’enliser, d’autres où l’on peut se perdre, se séparer, se retrouver, se cacher, se chercher. La Carte du Pays de Tendre de la Renaissance est encore valable aujourd’hui : une belle manière, poétique, amoureuse, de parler de la relation de couple.

Parmi ces zones de risques, l’affirmation et l’épanouissement des identités féminine et masculine sont des défis récurrents tout le long de l’existence d’un couple. On ne naît pas femme, on ne naît pas homme, on le devient ; ceci est d’autant plus vrai que la vie se rallonge. Il est facile de passer de l’enfance au jeune qui brûle la chandelle de son énergie vitale par les deux bouts ; puis de ce jeune à l’adulte standardisé par les contraintes du quotidien social ; de l’adulte au parent débordé ; du parent au retraité qui jardine ; de la retraite au cercueil ; le tout sans passer par la case homme ou la case femme.

Une certaine philosophie de la parité dans le couple va aussi dans ce sens. Sous prétexte d’égalité des sexes, la différence doit être niée : elle fait peur, elle ramène au corps, elle semble porteuse d’idéologies répressives et archaïques. Cette peur dit en résumé : « si nous sommes différents, alors il y a forcément un supérieur et un inférieur, un dominant et un dominé » ; alors nions les différences entre l’homme et la femme, comme entre ces nuances de l’espèce humaine que l’on appelle races, comme entre les âges de la vie. Construisons un monde homogène, quitte à rechercher dans les mondes virtuels des différences amplifiées jusqu’à la caricature par les personnages des films et des jeux vidéos ; quitte à jouer les voyeurs et les voyeuses à travers les magazines et les sites porteurs d’images « monstrueuses » - faites pour être montrées – des attributs sexuels féminins et masculins. Pour ceux qui ne sont pas tentés par ces jeux de rôle et peu sensibles à l’image, ou pour ceux qui ont moins d’appétence organique, le besoin d’homogénéité, d’indifférenciation pousse à confondre les sexes dans un intellectualisme et un rationalisme rigides et gris, où la fonction remplace l’homme ou la femme, que ce soit dans l’exercice de la pensée ou dans celui du pouvoir.

De nombreuses configurations de couple se prêtent à ce jeu de l’indifférenciation. Le but du couple semble alors de « refaire du même » avec le différent, plutôt que d’apprendre ce que Jung appelait la conjonction des opposés, plutôt que d’oser conflictualiser la différence.

Ce jeu de l’indifférencié se trouve par exemple dans ces couples « post-adolescents » qui quittent le toit familial à la condition expresse de tout de suite se retrouver à deux sous la même couette ; mais aussi dans ces couples fonctionnels que l’on imagine bien tenir boutique ensemble, couples qui savourent le bonheur intense de tout faire à quatre mains jusqu’à en oublier les plaisirs du solo. Ou encore les couples qui fusionnent autour de leur bébé dans un indifférencié chaleureux et attendrissant qui donne envie de célébrer Noël à la Saint Jean.

Vous l’avez compris j’espère, tout n’est pas à jeter, loin de là dans ce besoin du même. Une fois les hormones de la passion apaisées, il est plutôt positif pour un couple d’aimer discuter, danser, chanter ensemble ; il est dynamisant d’être motivé par les mêmes combats, de se reconnaître dans un socle commun qui fait lien et qui produit des fruits souvent savoureux.

Mais trop de « même » finit par créer une bombe à retardement qui fait imploser ou exploser le couple. En particulier quand ce besoin de même répond à une peur de l’autre, du monde extérieur, de la socialisation, de la sexualisation : c’est alors un besoin défensif,  qui se traduit par un centrage excessif sur un couple forteresse; Le même besoin de sécurité se trouve dans ces couples qui n’arrivent pas à couper le cordon avec les familles d’origine: des couples incestuels, vivant un peu comme frère et sœur sous la coupe de la génération d’au-dessus.

Heureusement, de nombreuses crises viennent nous rappeler qu’un couple qui ne prend pas le risque du renouvellement, prend celui de la sclérose ou de l’explosion. Chaque crise est une opportunité de changement, avec un passage obligé par une forme ou une autre de souffrance; l’infidélité en fait partie.

C’est par exemple le cas de la crise du milieu de vie : l’augmentation de l’espérance de vie et le départ décalé d’enfants venus plus tard tendent à déplacer cette crise vers la cinquantaine. Imaginons un couple usé et mélangé, confusionné par le quotidien, un couple qui parfois perd son sens après le départ des enfants, un couple où le confort et la tendresse des souvenirs partagés ne suffit plus à nourrir le présent, un couple qui manque de rêves, de projets, d’imaginaire commun : il est possible alors que la différence fasse irruption dans leur quotidien tel un éclair à travers un ciel grisâtre. Un homme, une femme, frappent à la porte : ils semblent venir de nulle part car ils viennent d’ailleurs, de cet ailleurs trop longtemps oublié par le couple.

 

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